J. Müller: Von Kampfmaschinen und Ballkünstlern

Title
Von Kampfmaschinen und Ballkünstlern. Fremdwahrnehmung und Sportberichterstattung im deutsch-französischen Kontext. Eine Presse- und Fernsehanalyse


Author(s)
Müller, Jochen
Series
Saarbrücker Studien zur Interkulturellen Kommunikation im Schwerpunkt Frankreich / Deutschland
Published
Extent
590 S.
Price
€ 42.00
Reviewed for Connections. A Journal for Historians and Area Specialists by
Alfred Wahl freddywahl@aol.com

L’auteur consacre la deuxième partie de l’ouvrage (en réalité la première) à des longues considérations théoriques et méthodologiques relevant de plusieurs disciplines scientifiques. Dans la partie suivante sont analysés les contenus de quotidiens et hebdomadaires de la presse sportive et généraliste, choisis de part et d’autre de la frontière. La dernière partie est consacrée à l’analyse des émissions de télévision. Chemin faisant, l’auteur nous offre une étude sur les particularités de la presse et de la télévision de chacun des deux pays.

La maîtrise de l’auteur d’un ensemble de disciplines scientifiques l’autorise à traiter le sujet de façon souvent neuve, en particulier par le biais de la linguistique. L’exposé de ces théories et méthodologies ajouté à un préliminaire historique portant sur les trois derniers siècles sans rapport avec l’actualité sportive, cela fait une centaine de pages, un peu trop sans doute, puisqu’il est possible de trouver des synthèses ailleurs sur telle ou telle question. D’ailleurs, le passage sur le langage sportif aurait beaucoup gagné si l’auteur avait pu prendre en compte par exemple la thèse de René Klingelschmitt sur la presse écrite sportive d’Allemagne et le football (Médiation d’un système plurinominal… 2000). Finalement, dans cette partie, l’auteur juxtapose plusieurs thèmes, depuis les exposés théoriques jusqu’à un récit historique, ce qui ne fait pas un modèle de clarté, même s’il y a un foisonnement de données.

On soulignera l’extrême richesse des parties suivantes ; celle d’abord sur la presse des deux pays. Dès les premières pages, l’on constate que les vieux clichés portés sur le pays voisins sont confortés par les rédacteurs des articles sur le football. L’extravagante fête populaire après la victoire française de juillet conforte les Allemands dans l’idée que les Français sont bien ce peuple plein de spontanéité et d’euphorie momentanée qu’ils croyaient connaître ainsi depuis des lustres. Les Allemands auraient manifesté davantage de retenue, postulent alors les journaux allemands. Cet exemple montre que l’image de l’une des nations apparaît en opposition à celle de l’autre.

Pour la presse allemande, les joueurs français sont pleins de vivacité ; ce sont des artistes, mais fragiles, alors qu’à l’inverse, la presse française voit toujours dans les joueurs allemands des machines, des forces de la nature, rudes, etc. Les observations sont identiques pour le jeu : la presse allemande admire le jeu français, mais ironise sur son inefficacité. Cependant, à la fin, elle doit reconnaître que la France n’est plus la France d’antan. D’où intervient la tendance à reporter ces observations sportives sur le plan général. Ainsi, l’élimination de l’Allemagne apparaît aux yeux de la presse surtout allemande, que le pays lui-même est sur le déclin. Elle préfigurait aussi la défaite électorale de Kohl.

Au total cependant, les vieilles catégorisations ne sont pas mortes. Pour la presse allemande, l’équipe de France rappelle la passion révolutionnaire, la Grande Nation, les Gaulois impétueux même. Mais l’auteur est allé plus loin que ces simples clichés très classiques. Il s’est intéressé à de multiples références : géographiques, économiques, politiques, modes de vie. En ce domaine, la presse allemande est plus riche, sans doute parce qu’elle connaît mieux la France. La Faz est mieux informée sur la France que le Monde sur l’Allemagne. En revanche, la presse française connaît mieux le football allemand que la réciproque et pour cause : celui-ci l’a toujours fasciné. On relèvera aussi le côté « pittoresque » des discours dans la presse allemande sur l’intégration réussie des immigrés grâce à cette équipe nationale multiculturelle ; l’on a pu connaître la suite quelques mois à peine après.

L’analyse du cas de l’agression contre le gendarme Nivel à Lens révèle une presse allemande et même une opinion toujours sur leur garde, s’agissant de violences perpétrées par un Allemand contre un étranger. L’obsession de la Vergangenheitsbewältigung n’est pas loin. La passé est toujours là. En revanche, et contre toute attente, au grand soulagement des Allemands, la presse française a fait preuve de retenue, à part quelques rares exceptions. L’on y écrit qu’il ne faut pas se tromper d’Allemagne ; l’ancienne étant bien morte.

La dernière partie porte sur la télévision. Le matériau pour l’investigation y est moins dense, notamment du côté allemand et c’est le point le plus intéressant. En effet, les Allemands semblent bien plus matures lorsqu’ils veulent juger par eux-mêmes, ressentir les émotions sans que le reporter les sollicite. D’où la rareté de la parole par opposition à la télévision française encombrée par le verbiage superflu de ses reporters. Globalement, le contenu, les idées et le vocabulaire confortent les résultats précédents, de façon moins probante néanmoins, puisque le corpus est quantitativement plus limité.

Au total, un volume précieux pour son appareil scientifique, théorique et méthodologique, même si on peut avoir le sentiment que l’auteur théorise si bien qu’il écrit un manuel sur cette question. Les conclusions qui éclairent l’image de l’autre par la langue et le vocabulaire du football prouvent que la recherche valait la peine d’être menée et qu’elle ouvre bien des perspectives.

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10.03.2006
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